Les bourdons ont une vie intérieure

15

Ils tirent la langue lorsqu’ils sont heureux. Il s’avère, du moins.

Pendant longtemps, nous avons pensé que les abeilles n’étaient que des robots efficaces. De petits drones bourdonnent, collectent des données, ignorant tout le reste. De nouvelles recherches suggèrent qu’ils ont des expériences subjectives. Pas des émotions tout à fait humaines, mais quelque chose de réel.

Les insectes n’ont pas de visage mou comme nous. Pas de sourcils à lever de surprise. Pas de sourires. Leurs corps sont des coquilles dures. Alors comment savoir s’ils ressentent quelque chose ? Andrew Barron de l’Université Macquarian de Sydney a décidé de le découvrir.

Il a travaillé avec des bourdons à queue chamoisée (Bombus terrestris ).

Voici la configuration : vidéo haute résolution. Trois liquides. L’une était de l’eau sucrée. Les deux autres étaient du sel et de la quinine. Amer et salé. Désagréable.

Quand les abeilles ont goûté le sucre ? Ils ont sorti leur glossa (c’est leur langue poilue). Encore et encore.

Quand ils ont goûté du sel ou de la quinine ? Ils s’essuyèrent la bouche. Secouèrent la tête. Un geste clair de « non merci ».

Interprétation facile : ils aiment le sucre. Ils n’aiment pas les choses amères.

Mais Barron n’était pas convaincu que ce soit là toute l’histoire. C’était peut-être juste une réaction chimique. Un réflexe. Pour prouver qu’il s’agissait d’un état interne, il a dû jouer avec leur faim et leur soif.

Il a déshydraté les abeilles en les exposant à une chaleur de 40°C. 104°F.

Puis il leur proposa de l’eau salée.

Normalement, ils détestent ça. Mais déshydraté ? Ils ont sorti leurs glossas à plusieurs reprises.

“C’est parce que votre état interne a changé… c’est ce qu’on croit voir chez les abeilles.”

Pensez-y la prochaine fois que vous terminerez une course. Vous prenez une boisson pour sportifs. C’est horrible si vous êtes rassasié et reposé. Cela a le goût de la vie elle-même si vous avez soif. L’abeille ne réagit pas seulement à la molécule. Il s’agit d’évaluer la valeur.

Pour séparer le « vouloir » du « aimer », l’équipe a utilisé des produits chimiques.

Premièrement, la dopamine. Chez les humains, la dopamine suscite le désir de rechercher des récompenses. Lorsque les abeilles ont reçu une dose de dopamine, leur motivation à trouver de la nourriture a peut-être augmenté, mais la langue ne s’est pas produite. Ils n’appréciaient pas davantage le goût, même s’ils voulaient davantage de nourriture.

Ensuite, ils ont utilisé des endocannabinoïdes. Ce produit chimique est lié à la partie « aimer » du plaisir chez les mammifères.

Boom. Les langues sortaient plus souvent. Le signal de jouissance augmenta.

Alors oui, ils ressentent. Ou plutôt, ils traitent le monde avec une couche de subjectivité. Ce n’est pas robotique.

Est-ce une émotion humaine ? Probablement pas.

Ralph Adolphs de Caltech souligne une évidence : les expressions faciales ne créent pas d’émotion. Les acteurs les simulent. Les personnes atteintes de paralysie faciale ressentent toujours du chagrin et de la joie.

“Les abeilles ont des émotions”, dit-il. Pas le nôtre. Câblage différent, sortie différente. Mais les preuves sont solides. Ils représentent la valeur de manière flexible.

Jonathan Birch, de la London School of Economics, voit ici une situation plus large. Nous sous-estimons les bugs depuis des siècles. Cette étude est rare. Cela démêle le besoin du semblable. Cela montre que des outils de haute technologie, comme les caméras au super ralenti, peuvent révéler ce que nos yeux ont manqué.

Le monde n’est pas seulement un ensemble d’entrées aveugles et de sorties programmées.

Même pour un bug avec un masque facial.