L’« éponge anti-douleur » de cellules souches semble prometteuse dans le blocage de la douleur chronique

3

Les chercheurs ont développé une thérapie expérimentale utilisant des neurones modifiés dérivés de cellules souches qui « absorbent » efficacement les signaux de douleur avant qu’ils n’atteignent le cerveau. Les premiers tests réalisés sur des souris souffrant d’arthrite aux genoux suggèrent que cette approche pourrait offrir une nouvelle façon de gérer la douleur chronique, réduisant potentiellement la dépendance aux médicaments opioïdes.

Le mécanisme : un leurre biologique

La thérapie, baptisée SN101, utilise des cellules souches pluripotentes humaines (hPSC) – des cellules capables de devenir n’importe quel type de cellule dans le corps. Les chercheurs, dirigés par Gabsang Lee de Johns Hopkins, ont conçu ces hPSC pour qu’elles se différencient en neurones sensoriels spécialisés. Ces neurones agissent comme une « éponge » biologique, interceptant les signaux de douleur inflammatoire au site de l’inflammation avant qu’ils puissent être transmis au cerveau.

Cela diffère des stratégies actuelles de gestion de la douleur. Les opioïdes agissent en bloquant les signaux de douleur dans le cerveau, masquant ainsi la sensation. Le SN101 cible cependant la source de la douleur en séquestrant les facteurs inflammatoires. Les neurones modifiés se lient à ces facteurs, empêchant les neurones naturels du corps de les détecter.

L’arthrose et au-delà

L’étude s’est concentrée sur l’arthrose, une maladie articulaire dégénérative courante qui provoque une douleur et une inflammation chroniques. Cependant, les chercheurs pensent que cette thérapie pourrait théoriquement fonctionner pour tout type de douleur chronique. L’arthrose elle-même touche des millions de personnes, provoquant des ruptures d’articulations et aucun remède connu. Les traitements actuels impliquent des changements de mode de vie, des analgésiques (y compris des opioïdes) et des injections de stéroïdes, tous avec des limites importantes.

Les neurones modifiés ont également démontré un avantage inattendu : favoriser la réparation du cartilage et des os chez la souris. Ce double effet – soulagement de la douleur et régénération potentielle des tissus – est particulièrement intéressant dans le cas de l’arthrose, où la dégradation du cartilage est un problème primordial.

La crise des opioïdes et des alternatives plus sûres

La douleur chronique est souvent traitée avec des opioïdes, qui comportent des risques de dépendance et des effets secondaires indésirables. Environ 9 % des patients souffrant d’arthrose du genou se tournent vers les opioïdes, parfois à long terme. Cela conduit à la recherche d’alternatives plus sûres et plus efficaces. Le SN101 peut offrir une approche plus adaptée à la biologie en imitant le système de signalisation de la douleur du corps.

Obstacles restants

Malgré des résultats prometteurs, le SN101 reste préclinique. Des défis importants restent à relever avant que les essais sur l’homme puissent commencer :

  • Immunogénicité : Il est essentiel de garantir que les neurones modifiés ne déclenchent pas de réponse immunitaire nocive.
  • Traduction pour les humains : Les articulations de la souris diffèrent considérablement des articulations humaines et le traitement de la douleur varie selon les espèces. Des évaluations de sécurité et des études toxicologiques à long terme sont essentielles.
  • Échelle et durabilité : Les articulations humaines sont plus grandes, plus complexes et soumises à des décennies de stress, ce qui peut avoir un impact sur l’efficacité.

Comme le note Chuan-Ju Liu, professeur d’orthopédie à Yale, l’idée derrière le SN101 est « innovante », mais des tests rigoureux sont nécessaires. Cela comprend des études toxicologiques formelles, des évaluations de sécurité à long terme et des premiers essais cliniques sur l’homme.

La recherche en est encore à ses débuts, mais la possibilité de soulager la douleur sans les risques liés aux opioïdes tout en favorisant la réparation des tissus en fait un domaine d’investigation incontournable.

La viabilité et la sécurité à long terme du SN101 restent incertaines, mais l’approche représente un écart significatif par rapport à la gestion traditionnelle de la douleur et offre un aperçu d’un avenir où la douleur chronique pourrait être traitée à sa racine biologique.