Éléments constitutifs de l’ADN trouvés sur l’astéroïde Ryugu : implications pour les origines de la vie

16

La découverte des cinq « lettres » d’ADN sur l’astéroïde Ryugu, une roche spatiale de 900 mètres de haut qui traverse actuellement notre système solaire, ajoute un poids significatif aux théories selon lesquelles les ingrédients essentiels à la vie pourraient être communs dans tout le cosmos. Cette découverte, publiée dans Nature Astronomy, ne signifie pas que la vie existe sur Ryugu, mais elle suggère que les fondements chimiques de la vie peuvent se former et survivre dans les conditions difficiles de l’espace.

Principales conclusions de Ryugu

Les chercheurs ont analysé des échantillons collectés par la mission japonaise Hayabusa2, qui a ramené de la poussière de Ryugu sur Terre en 2020. Les échantillons, bien que petits (moins du poids d’un quart), ont révélé un ensemble complet de bases nucléiques – adénine, guanine, cytosine, thymine et uracile – qui sont les éléments constitutifs moléculaires de l’ADN et de l’ARN. Il ne s’agit pas d’un incident isolé : des bases nucléiques similaires ont déjà été détectées sur l’astéroïde Bennu par la sonde spatiale OSIRIS-REx de la NASA et dans plusieurs météorites.

Pourquoi est-ce important : La présence généralisée de ces composés suggère qu’ils ne sont pas uniques à la Terre et qu’ils auraient pu être transportés sur notre planète via des astéroïdes et des comètes au début du système solaire.

Les origines de la vie : Terre ou espace ?

La question de savoir comment la vie a commencé reste l’un des plus grands mystères de la science. Les théories vont de la vie provenant des évents des grands fonds marins à la vie provenant d’ailleurs dans le système solaire. Ces nouvelles découvertes ne confirment pas que la vie a commencé dans l’espace, mais elles renforcent la possibilité que des molécules prébiotiques – les précurseurs de la vie – se soient formées à l’extérieur de la Terre et aient ensuite été transportées ici.

César Menor Salván, astrobiologiste à l’Université d’Alcalá en Espagne, note que ces découvertes démontrent quelles matières organiques peuvent se former dans des conditions non biologiques, quel que soit l’endroit où la vie est finalement originaire.

Le rôle de l’ammoniac dans la formation de nucléobases

L’analyse Ryugu a également révélé une corrélation surprenante entre le rapport des purines et des pyrimidines (deux classes de bases nucléiques) et la concentration d’ammoniac dans le matériau de l’astéroïde. Cela suggère que l’ammoniac pourrait avoir joué un rôle jusqu’alors méconnu dans la formation de ces composés, potentiellement dans des conditions uniques présentes dans les premières roches du système solaire.

C’est important car : l’ammoniac est une autre molécule essentielle à la vie, et cette connexion fait allusion à une voie chimique plus complexe pour l’origine de la vie qu’on ne l’avait cru auparavant.

Implications pour les recherches futures

Ryugu et Bennu sont tous deux des astéroïdes carbonés, représentant 75 % de tous les astéroïdes de notre système solaire. Les preuves suggèrent qu’ils pourraient provenir du même corps parent, brisé il y a des milliards d’années. La détection de bases nucléiques dans ces astéroïdes, ainsi que dans la météorite d’Orgueil, conforte l’hypothèse selon laquelle les astéroïdes carbonés étaient essentiels pour fournir les composants chimiques nécessaires à la vie sur la Terre primitive.

Les découvertes de Ryugu renforcent l’idée selon laquelle les éléments constitutifs de la vie sont répandus et que les astéroïdes pourraient avoir joué un rôle clé en ensemençant notre planète avec les ingrédients nécessaires à l’émergence de la vie. Une étude plus approfondie de ces roches spatiales sera cruciale pour comprendre les chemins qui ont conduit à la vie sur Terre – et peut-être ailleurs dans l’univers.